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Mois : décembre 2018

J’adore ce sapin !

Encore un sapin
Un sapin pour rien
Si futile au milieu du matin
Encore un sapin
Sans chausson ni câlin
Et rien n’efface mon chagrin

Sapin pour crever ou bien
Sapin pour attendre
Pour supplier un geste tendre
Sapin pour crier, mentir ou déguiser
Laisser tomber ou protester

Encore un sapin
Qui se dresse et qui s’écroule
Sapin tordu agresse et s’défoule
Encore un sapin
Anxiolytique et fiévreux
A craindre à l’heure du couvre-feu

Un sapin, … ça ne sert … à rien
Un sapin…
Sans un bout … d’soutien …
Ce sapin…
C’est le mien, … c’est sans fin …
Un sapin … de gamin …
Pour en être …
Le témoin lointain

J’adore ce sapin
Un refuge véritable
Qui est légitime et indispensable
J’adore ce sapin, avec ma copine
Entre le biberon et la belle chopine
Sapin pour sourire et prendre confiance
Et éclairer nos existences
Sapin de renaissance, sapin de résistance
C’est moi qui renégocie le sens

Ce sapin, … ça me fait … du bien …
Ce sapin, … pour beaucoup … d’soutien …
Ce sapin, … c’est le mien … un refrain …
Un sapin … enfin … qui éclaire …
Mes rêves de gamin.

Ce sapin, … ça me fait … du bien …
Ce sapin, … pour beaucoup … d’soutien …
Ce sapin, … c’est le mien … un refrain …
Un sapin … enfin … qui éclaire …
Mes rêves de gamin.

J’adore ce sapin !

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La Colère

Elle est venue me hanter,
Elle, est sourde et sans pitié,
Moi, j’ai juste envie de crier.

J’ai trouvé des endroits pour pleurer,
A l’écart, comme un mutilé,
A sans cesse répéter « Papaoutai ? »

Tel un Dormeur du Val dans la forêt,
Je l’imagine se reposer,
Avant de voir les marques d’un sanglier.

Comment être à la fois un père et un fils bâillonné ?
Comment passer les fêtes sans y penser ?
Comment brûler son image dans la cheminée ?

10 années, 10 Noël pour le décéder,
Sa tombe vide est toujours à mes pieds,
Et je ne lui ai pas dit que je l’aimais…

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Angelo

Je me souviens de mon grand-père, Angelo. Il était « calzolaio » (cordonnier). Enfant, je passais des heures, le matin, à le regarder travailler dans son petit magasin au rez-de-chaussée de la maison familiale installée à l’ombre de l’église « San Giacomo » (Saint Jacques). J’étais assis sur une chaise, je balançais mes pieds qui ne touchaient pas encore le sol. Je le voyais souvent recoller le talon cassé d’une chaussure féminine. Ses gestes et son regard étaient précis, appliqués. La colle n’avait pas d’odeur particulière, ou en tout cas, elle était largement couverte par les effluves de la sauce* qui frémissait depuis 8 heures du matin dans la cuisine à l’étage. De temps en temps, je décrochais sa guitare du mur juste derrière moi. Je grattais d’improbables accords dissonants au fur et à mesure que j’essayais de me rappeler d’un air connu. Je le voyais alors s’exclamer que je pourrais l’accompagner chanter dans les églises de la région, ou lors du festival annuel de musique sur la place de la mairie. Le rouge me montait aux joues, paniqué par cet improbable événement, je m’empressais de remettre la guitare à sa place et j’attendais patiemment que les cloches de l’église carillonnent le milieu de la journée, le « mezzogiorno ». Le midi, c’est à ce moment-là qu’il reposait délicatement ses outils, se levait, ôtait son tablier, et me tendait son bras. Plus jeune, il avait été renversé par une voiture et boitait de la jambe gauche. Je glissais mon bras en dessous du sien et nous sortions ensemble du magasin, la clochette de la porte carillonnait à son tour, et nous descendions vers la rue Libarna**. Et là, sous le soleil, fier comme un coq, j’avais l’impression de porter mon grand-père, je sentais le poids de son corps s’appuyait un peu plus sur moi à chaque bosse du mince trottoir. Nous achetions une « pomodoro », une pomme d’or, une tomate, la grosse tomate italienne rutilante et difforme, puis mon grand-père saluait de la main quelques connaissances installées à la caffeteria La Dolce Vita, avant de s’arrêter à la « macelleria », la boucherie pour acheter de la viande hachée. Nous rentrions directement pour passer à l’étage. Direction la cuisine, il sortait deux assiettes, coupait la tomate en quartiers, un filet d’huile d’olive, roulait deux boules de viande hachée qu’il faisait rapidement cuire dans une poêle, une pincée de sel et nous mangions tous les deux, avant tout le monde, avant de mettre la table, avant le minestrone et le plat de pâtes en famille, avant que l’air à 30 degrés ne se faufile entre les bandes verticales et multicolores du rideau moustiquaire. Cette intimité je l’espérais chaque jour de mes vacances d’été, mon grand-père a été la seule personne avec qui j’ai eu ce contact, il me prenait littéralement dans ses bras, je le prenais littéralement dans mes bras. Imaginer cette « 4 jambes motrices » déambuler la rue gastronomique me fait aujourd’hui sourire… et pleurer. « Io mi chiamo Fabrizio Angelo », je m’appelle Fabrice Ange, et je suis fier de porter mon grand-père… dans mon prénom.

* J’avais parfois l’impression que les tomates pelées, l’huile d’olive, l’oignon, le thon, la gousse d’ail, le basilic frais accouraient en bas de l’escalier pour investir la pièce. C’était la promesse d’un plat de pâtes râpé au « parmigiano » (parmesan) reggiano, que nous allions tous déguster en famille.

** Bien plus tard, j’ai su que Libarna était le nom d’une antique ville romaine à quelques kilomètres de là.

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