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Étiquette : Italie

La Colère

Elle est venue me hanter,
Elle, est sourde et sans pitié,
Moi, j’ai juste envie de crier.

J’ai trouvé des endroits pour pleurer,
A l’écart, comme un mutilé,
A sans cesse répéter « Papaoutai ? »

Tel un Dormeur du Val dans la forêt,
Je l’imagine se reposer,
Avant de voir les marques d’un sanglier.

Comment être à la fois un père et un fils bâillonné ?
Comment passer les fêtes sans y penser ?
Comment brûler son image dans la cheminée ?

10 années, 10 Noël pour le décéder,
Sa tombe vide est toujours à mes pieds,
Et je ne lui ai pas dit que je l’aimais…

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Angelo

Je me souviens de mon grand-père, Angelo. Il était « calzolaio » (cordonnier). Enfant, je passais des heures, le matin, à le regarder travailler dans son petit magasin au rez-de-chaussée de la maison familiale installée à l’ombre de l’église « San Giacomo » (Saint Jacques). J’étais assis sur une chaise, je balançais mes pieds qui ne touchaient pas encore le sol. Je le voyais souvent recoller le talon cassé d’une chaussure féminine. Ses gestes et son regard étaient précis, appliqués. La colle n’avait pas d’odeur particulière, ou en tout cas, elle était largement couverte par les effluves de la sauce* qui frémissait depuis 8 heures du matin dans la cuisine à l’étage. De temps en temps, je décrochais sa guitare du mur juste derrière moi. Je grattais d’improbables accords dissonants au fur et à mesure que j’essayais de me rappeler d’un air connu. Je le voyais alors s’exclamer que je pourrais l’accompagner chanter dans les églises de la région, ou lors du festival annuel de musique sur la place de la mairie. Le rouge me montait aux joues, paniqué par cet improbable événement, je m’empressais de remettre la guitare à sa place et j’attendais patiemment que les cloches de l’église carillonnent le milieu de la journée, le « mezzogiorno ». Le midi, c’est à ce moment-là qu’il reposait délicatement ses outils, se levait, ôtait son tablier, et me tendait son bras. Plus jeune, il avait été renversé par une voiture et boitait de la jambe gauche. Je glissais mon bras en dessous du sien et nous sortions ensemble du magasin, la clochette de la porte carillonnait à son tour, et nous descendions vers la rue Libarna**. Et là, sous le soleil, fier comme un coq, j’avais l’impression de porter mon grand-père, je sentais le poids de son corps s’appuyait un peu plus sur moi à chaque bosse du mince trottoir. Nous achetions une « pomodoro », une pomme d’or, une tomate, la grosse tomate italienne rutilante et difforme, puis mon grand-père saluait de la main quelques connaissances installées à la caffeteria La Dolce Vita, avant de s’arrêter à la « macelleria », la boucherie pour acheter de la viande hachée. Nous rentrions directement pour passer à l’étage. Direction la cuisine, il sortait deux assiettes, coupait la tomate en quartiers, un filet d’huile d’olive, roulait deux boules de viande hachée qu’il faisait rapidement cuire dans une poêle, une pincée de sel et nous mangions tous les deux, avant tout le monde, avant de mettre la table, avant le minestrone et le plat de pâtes en famille, avant que l’air à 30 degrés ne se faufile entre les bandes verticales et multicolores du rideau moustiquaire. Cette intimité je l’espérais chaque jour de mes vacances d’été, mon grand-père a été la seule personne avec qui j’ai eu ce contact, il me prenait littéralement dans ses bras, je le prenais littéralement dans mes bras. Imaginer cette « 4 jambes motrices » déambuler la rue gastronomique me fait aujourd’hui sourire… et pleurer. « Io mi chiamo Fabrizio Angelo », je m’appelle Fabrice Ange, et je suis fier de porter mon grand-père… dans mon prénom.

* J’avais parfois l’impression que les tomates pelées, l’huile d’olive, l’oignon, le thon, la gousse d’ail, le basilic frais accouraient en bas de l’escalier pour investir la pièce. C’était la promesse d’un plat de pâtes râpé au « parmigiano » (parmesan) reggiano, que nous allions tous déguster en famille.

** Bien plus tard, j’ai su que Libarna était le nom d’une antique ville romaine à quelques kilomètres de là.

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L’absence implicite

Papa, tu es parti le 17 septembre 2015, il y a 1 an 5 mois et 14 jours,
J’ai reçu ce matin même une « notification » de ton juge des tutelles,
Il m’a transmis un extrait des « minutes » du tribunal d’instance,
Tu as cessé de « paraître » au lieu de ton domicile sans donner de nouvelles,
En raison de « l’urgence », il a statué en constatant ta « présomption d’absence »,
Tu es donc « présumé vivant » car  considéré comme « présent juridiquement »,
Une « publicité » va être faite par mention en marge de ton acte de naissance,
Dans 10 ans, je demanderai à ce qu’on rende un jugement de « déclaration d’absence »,
Tu seras probablement « présumé mort » par « indisponibilité de ton corps »,
Cette fois, ce ne sera pas à cause d’Alzheimer, ce sera à cause des probabilités,
Ce sera l’équivalent d’un acte de décès, tu mourras donc une 2ème fois à l’âge de 85 ans.

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Robert Aimetti a disparu

Mon père a 74 ans et a quitté l’hôpital de Ovada (Italie), où il avait été préalablement admis dans le service médical. Nous sommes depuis sans nouvelles. Cette disparition a eu lieu le jeudi 17 septembre 2015, dans la soirée, vers 19h30.

Les gendarmes de Ovada ont été rapidement alertés, ont à leur tour alerté les pompiers, et ont déclenché les opérations de recherche, qui se sont malheureusement révélées infructueuses jusqu’ici.

Robert AimettiIl mesure 1 mètre 61, est mince, porte des lunettes de vue avec des montures sombres et fines. Il n’a pas d’autres signes particuliers. Il parle l’italien avec un peu de difficulté et le français plus facilement. Au moment de sa disparition, il portait un costume bleu, des chaussures en toile noire, et n’avait sur lui ni papier, ni argent.

Mon père souffre de démence sénile, type Alzheimer, diagnostiqué tout récemment. Il souffre également de diabète, traité avec un médicament qu’il ne prend évidemment plus.

Il résidait Via Libarna 196 à Arquata Scrivia, commune de la province de Alessandria dans le Piémont en Italie.

Il a vécu pendant plus de 30 ans en France, à des adresses différentes : Dunkerque, Gérardmer et Revel. Il a pu prendre le train et a même pu repasser en France.

Si vous l’avez vu, contactez-moi au 06 48 64 11 82.

Merci,
Fabrice

Lien Chi l’ha visto – Scomparsi – Robert Aimetti – La scheda

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